Cette semaine, l'été arrive enfin! Et quoi de mieux que de célébrer en grand l'arrivée de la chaude et belle saison avec un super spectacle de musique africaine! Le groupe afro-québécois Taafé Fanga sera en spectacle à l'Alizé ce samedi 21 juin, à 20h30, avec de nombreux invités! Venez goûter à la danse et à la musique de l'Afrique de l'Ouest! Garanti que ça va vous énergiser pour tout l'été!
Depuis maintenant trois semaines, nous sommes en train de préparer le fameux spectacle de fin de session. Contrairement à la session dernière, les billets se sont envolés dans le temps de le dire, si bien qu'il m'était inutile d'en faire l'annonce sur mon blogue. Comme je l'avais écrit dernièrement, il régnait un tel enthousiasme dans l'air à chaque jour depuis le dernier mois que nous avions tous immensément hâte de présenter aux gens le fruit de onze semaines de formation en percussion.
Pratiques qui se répètent
Nous avons donc pratiqué durant la dernière semaine les derniers arrangements scéniques et musicaux de chaque numéro. Tout ça a commencé le lundi soir avec Mélissa Lavergne, où nous avons décidé de faire le rythme djolé suivi du soko, avec son fameux chauffé. Le tout entrecoupé bien sûr de solos! Nous décidons collectivement du contenu, qui fera les solos, qui fera les dunduns, qui fera quel accompagnement, etc. Tout ça est bien motivant.
Le lendemain, c'est au tour de la gang des Débutant 3 de pratiquer. Malgré la difficulté que représente l'exécution rythmique du Tiriba, nous arrivons à placer les différents accompagnements de façon adéquate et à tout faire pour minimiser les "faux départs" dans le rythme. Puis, nous enchaînons avec le Kassa et un de ses nombreux cassés. À la fin du cours, je suis assez rassuré pour que le soir du show, le tout soit à la hauteur.
En moins de temps qu'il ne faut, je me retrouve le lendemain soir avec le groupe des Débutant 2 pour leur pratique. Que de contenu il y a dans ce numéro! Ce sera définitivement le numéro le plus créatif de la soirée sans aucun doute! Du chant, du gumboots, de la musique, de la percussion...Beaucoup de déplacements scéniques à prévoir, à décortiquer, à modifier, à préciser...Dur dur que le métier de metteur en scène! Éric et moi sommes exténués, mais ô combien satisfaits du travail accompli.
Finalement, la pratique finale a lieu le jeudi soir en compagnie des recrues Débutant 1, où je leur apprends en quinze minutes un cassé d'intro à notre spectacle. Ça sonne tellement bien que lorsque Louis s'amène pour commencer le cours, il n'en revient pas de la finesse de l'exécution! Quand je vous dis que nous avons des étudiants de première qualité! Encore une fois, la soirée se passe en un clin d'oeil, car il faut paufiner les enchaînements, placer les quelques 80 étudiants sur scène, donner différentes directives, vérifier l'espace disponible avec les danseuses, etc...Est-ce que je peux vous dire que je n'ai pas vu ma semaine passer ?
Enfin le grand soir!
Vendredi arrive enfin, et ma journée passe en un coup de vent. J'arrive à Samajam assez tôt le temps de prendre un peu mon souffle et relaxer avant la fébrilité de l'avant-spectacle. Et très rapidement, cette frénésie s'empare de tout l'édifice. 17h30, Mélissa arrive et nous devons aller dans la grande salle faire le test de son et pratiquer avec le groupe des avancés et des intermédiaires. La pratique terminée, je retourne dans la loge au premier étage et c'est la cacophonie la plus complète, tous les étudiants étant arrivés en même temps.
Les prochaines minutes jusqu'à un peu passé 20 heures font place à une véritable tornade. Je dois vérifier un paquet de détails, des instruments jusqu'aux micros, en passant par des dizaines de questions d'élèves. J'ai dû monter et descendre des escaliers une vingtaine de fois sinon plus, me faufilant tant bien que mal entre les dizaines de personnes du public arrivant en masse. Louis m'apostrophe afin de donner des directives aux élèves de son groupe, et lorsque j'arrive en bas dans la loge, il règne une chaleur tropicale. Je prends un grand respire et je réussis tant bien que mal à faire entrer le silence dans la salle. Tous sont fébrile, l'électricité monte d'un cran, et à 20h15, le signal est donné aux élèves Débutant 1 de monter au deuxième pour aller se placer dans la grande salle.
En me postant devant la porte pour les guider, je ressens en ce moment une très grande fierté. De voir tous ces sourires, ces visages illuminés, ces yeux pétillants, cela réchauffe le coeur et me procure un pic d'adrénaline. Il est clair que les prochaines minutes seront marquées dans ma mémoire pour longtemps, très longtemps.
L'envol du kuku
Louis s'empresse de saluer le public et de leur souhaiter la bienvenue. Puis, Gotta met la table pour une atmosphère de pur plaisir et de créativité en racontant le conte de l'oiseau kuku, le rythme que les Débutant 1 vont jouer en harmonie. Le public est vite conquis par son histoire, qui se termine par l'appel. Et j'ai l'honneur d'ouvrir la soirée en musique avec mon dununba, où je joue en force les notes du rythme kuku. Bien vite, mon ami Truc se greffe à cette musique avec son sanbang, et Estelle fait de même avec son kenkeni. À ce moment, je ferme les yeux, et me laisse bercer par la musique.
Le numéro s'est terminé en force, et j'étais vraiment content de la performance d'élèves qui voilà trois mois à peine n'avaient jamais touchés à un tambour de leur vie. Les voilà debout, fiers, heureux et capables de jouer sans aucune fausse note. C'est là un exploit qui mérite qu'on en voit un petit extrait.
Liberté de créer
Après que la table soit mise pour une soirée musicale inoubliable, c'est au tour des élèves Débutant 2 de s'exécuter. Bien installé aux dunduns, je me suis laissé emporter par la force créatrice de ce groupe qui avait décidé pour l'occasion de se donner un nom de scène tout-à-fait approprié: «Liberté». Elle était très visible cette liberté sur scène. Je fus très ému de voir toute cette belle énergie se manifester sur scène, avec Gotta et son tamboa, un yankadi extraordinairement bien exécuté, un chant qui allait droit au coeur, un numéro de gumboots complètement renversant, et pour terminer, le rythme djolé et une pièce de Gotta qui fut encore une fois fort réussie.
Un groupe en or
Après toute cette frénésie, ce fut au groupe Débutant 3 de prendre place sur scène. Toute la session, Éric et moi attendions ce moment avec impatience. Nous sommes partis de rien et nous avons pris le pari assez risqué de montrer un rythme de niveau avancé à des étudiants qui en sont à leur troisième session de percussions seulement. Le pari a fort heureusement penché en notre faveur, et comment ! Après l'ouverture du spectacle avec le cassé du Tiriba, nous avons montré qu'avec coeur, persévérance et une écoute collective hors du commun, nous pouvions accomplir des miracles. Jamais je n'ai entendu un rythme avec une si belle qualité de jeu, juste assez rapide pour eux, et un délice pour l'oreille. Jugez-en par vous même!
Par la suite, nous avons entamé un autre rythme aux antipodes de l'atmosphère que nous avions instauré, en y allant d'un kassa fort, puissant, qui a fait battre mon coeur de prof à tout rompre devant ces élèves qui constituent un groupe en or et qui iront loin, sans nul doute!
Le Noir qui ressort
Après avoir joué pendant près de 45 minutes consécutives sur scène, j'ai pu profiter enfin d'un moment de pause. Que de beaux visages, de belles paroles j'ai eu droit ! On ne pouvait espérer meilleure prestation de la part des élèves. Tous étaient très, très contents du résultat. J'ai assisté au numéro des élèves intermédiaires en me trouvant une place dans la foule, et j'ai pu constaté de plein fouet toute l'évolution et le travail accompli par ce groupe d'étudiants. C'était beau, émouvant et merveilleux à la fois. Un cocktail délicieux de tous les sentiments et qualificatifs positifs possibles jaillissaient dans ma tête.
J'ai dû vite redescendre sur Terre, car après ce groupe, c'était au tour de mon groupe d'avancés de prendre la relève. J'allais enfin pouvoir jouer du djembé ! Bien vite, tout le monde est en place au sein de la foule, car c'est de là que nous commençons notre numéro. Et dès que Mélissa Lavergne a entamé le premier solo, je suis entré dans un tel état de jeu qu'il m'est difficile de le décrire en mots, tellement c'était puissant et grisant. Je ne pensais plus à rien, j'étais prêt à livrer dans un condensé de quelques minutes les trois derniers mois de pratique et de préparation.
Tour à tour, chacun des élèves de mon groupe ont livré un solo au sein de la foule avant de monter sur la scène. C'était inspirant et beau à voir. Tout le monde s'amusait. J'étais l'avant-dernier à m'exécuter. Et lorsque ce fut à mon tour de jouer, j'ai tout simplement laisser sortir le Noir Africain qui sommeillait en dedans de moi. J'étais connecté à l'énergie incroyable qui s'est installée dans chaque espace du local au cours de la soirée, et je me suis laissé porté par elle. Complètement galvanisé, j'ai laissé mes mains frapper le tambour, exprimer cette soif de jouer, cette envie de répandre ma passion pour cet instrument, cette joie d'être là tout simplement...Ça a donné tout un moment musical, d'après les nombreux cris d'exclamation et les applaudissements de la foule, qui m'ont porté jusqu'à la scène, où j'ai pu prendre un semblant de conscience de ce qui venait d'arriver...Je venais de jouer mon plus beau solo à vie.
Le reste, je vous laisse le voir par vous-même, puisque ces images valent tellement plus que milles mots...Si vous vous demandez le rythme qui était joué, c'était le magnifique soko.
Retour à la réalité
Après cette extraordinaire prestation, j'étais tellement fier de cette soirée. Jamais je n'avais senti autant de belles et riches émotions. C'était cent fois mieux que ce que j'avais espéré. Des dizaines de gens sont venus me féliciter de ma performance, n'en revenant pas de ce que j'avais livré sur scène. C'était la cerise sur le sundae. Se faire dire que je suis « inspirant », que je sais « exprimer ma passion », mon « lâcher-prise », wow, je ne savais trop quoi dire. Une chose est sûre, c'est que j'en avais eu assez. Dès que le spectacle s'est terminé au son de la formidable performance de Cheick Anta, vers le coup de minuit, j'ai décidé de quitter sur ce sommet...Et sur le trajet du retour, en retraçant le fil des événements, jamais je ne me suis senti autant convaincu du bien fondé de cet instrument et de cette musique. Ce soir-là, j'ai déposé ma tête sur l'oreiller en entendant encore les dizaines d'irréductibles qui jouaient encore pour toute la nuit, et bon dieu que la musique était belle, véritable berceuse...
Ça ne fait aucun doute, tout le monde arborait la même couleur ce soir-là, et ce, autant en dehors qu'en dedans.
Une autre semaine qui vient de filer à très (trop?!) grande vitesse...J'ai à peine le temps de me connecter sur mon blogue ces temps-ci, tellement j'ai peine à trouver le temps et l'énergie pour le faire! Ça bouge pas à peu près dans ma vie en ce début de 2008, ce qui confirme l'intuition que j'avais durant les Fêtes. Cette année, sans aucun doute, plein de changements affecteront mon quotidien...Autant s'y habituer...C'est déjà commencé...
Nous avons donc inauguré cette semaine le début de la session d'hiver 2008 à Samajam. En tout, je participe à quatre cours par soir, rien de moins! Le lundi soir, c'est mon cours avancé avec Mélissa Lavergne, où nous continuons les rythmes ternaires (soko, soli, etc.), mais cette fois-ci on se penche beaucoup plus sur les arrangements des dunduns. Bien intéressant comme changement de cap!
Le mardi soir, Éric et moi retrouvons notre super belle gang d'étudiants Débutant 3 et on prend vraiment à coeur notre tâche de monter un tout nouveau cours. C'est très motivant et il ne se passe pas une seule journée sans que nous en parlons. Surtout que c'est un petit groupe, cela ouvre les portes de l'expérimentation! À suivre donc...Beaucoup d'ajustements en perspective, mais ça fait partie du jeu!
Le mercredi soir, je retrouve la gang d'anciens Débutant 1 devenus des D2 maintenant. Ça m'étonne toujours de voir à quel point le temps file! C'est la première fois en tant que prof que je vis le fameux "syndrome de la répétition", où nous redonnons grosso modo le même programme, amputé seulement d'un rythme. Mais il va sans dire que ce cours sera bien différent de la session dernière, puisque les cinquante et quelques étudiants qui le composent sont bien différents de leurs prédécesseurs. C'est là toute la magie et l'intensité de l'enseignement...Rien n'est pareil. Nous avons eu un super beau premier cours avec eux, et ça augure bien pour le reste.
Finalement, le jeudi soir, c'était le premier cours des tous nouveaux étudiants débutants de l'école. Plus de 120 nouveaux venus qui apprendront dans les prochaines semaines ce que c'est que de vivre un intense trip musical. Comme à l'habitude, nous étions plus d'une trentaine au devant de la scène à se donner à fond. J'ai bien aimé notre petite prestation musicale du début, où Cheick Anta était le premier à se donner aux solos, suivi de Sadio, puis du petit Kevin...Incroyable comment il est épatant ce petit garçon de huit ans...Par la suite, Éric et moi y sommes allés de solos et d'échanges aux dunduns qui, ma foi, étaient pas mal du tout. Finalement, le feu d'artifice sonore a éclaté par la suite, et les nouveaux se sont grandement amusés au tambour, à chanter Oye Como Va entre autres, avec Mélissa qui est venue aussi faire son tour. La totale quoi.
Qu'est-ce que les mois à venir me réservent ? Sûrement plein de belles rencontres, de beaux moments et des décisions importantes à prendre...Mais en attendant, je vous laisse, j'ai des partitions de rythmes à aller éplucher...Je vous l'avais dit que je prenais ma job de prof à coeur ;-)
Depuis lundi, je peux dire que mes journées sont assez intenses merci. Et par coïncidence ou par soucis de me le rappeler, voilà que j'ai passé mon mardi après-midi dernier dans les entrailles de la tour de Radio-Canada, dans le studio de l'émission Grosse journée animée par Annie Brocoli. Nous avons fait une petite performance de percussions à l'invitation de la belle Macha Limonchik, vedette de la série Tout sur moi. Ce fut une bien belle expérience de télévision, mais très différente de celle de l'Heure de gloire.
J'ai eu la chance de pratiquer ce numéro la veille, avec, comme toujours, notre directeur musical, Pat Dugas. Il y avait toute une équipe! Du très gros calibre. Je me sentais petit dans mes souliers mais ô combien heureux d'être là! Sadio, Cheick Anta, Gotta, Antoine, Pat, les deux frères Mario et Alain Labrosse, Richard Gingras...On peut facilement dire que la crème de la percussion au Québec était présente, excluant bien sûr celui qui est en train de rédiger ce billet ;-) Nous avons concocté cette soirée là un deux minutes à saveur africaine avec un rythme ternaire, suivi d'un rythme à saveur cubaine, le Ouaouanco (aucune idée si c'est bien écrit ou non, mais ça sonne ainsi).
Nous arrivons donc à la grande tour en milieu d'après-midi, avec tous nos instruments. Arrivé non loin du studio, la régisseure nous guide à notre loge, puis nous croisons Annie qui vient de se faire maquiller. Elle nous salue et file illico dans le studio pour le début de l'enregistrement. J'en profite pour aller jeter un oeil sur le décor, et je suis encore une fois très impressionné par la grosse machine qui s'active devant moi. Moins imposante que pour la prestation à l'Heure de gloire, mais quand même...Le décor est très feng shui, avec ses canapés, le petit coin asiatique avec les bonzaïs et les autres éléments qui donnent un cachet de détente à l'endroit. Le studio est relativement petit...Pour l'instant, l'équipe est en train de paufiner les mouvements de caméra et le test de son. C'est donc le bon moment pour procéder à l'assemblage de mes duns dans le garage attenant au studio. Toutes sortes de caisses y sont empilées avec un étiquette portant le nom d'une émission.
De retour à la loge, nous devons attendre notre tour...Ah les joies de la télé...Deux heures et demie d'attente pour un bon gros deux minutes de spectacle...Enfin, la régisseure nous fait signe d'aller en studio, c'est maintenant notre numéro. Sur place, l'atmosphère est complètement différente. Le public est installé, l'animateur de foule explique le déroulement de notre bloc, et Macha et Annie sont assises dans de gros fauteuils en nous observant. En un temps record, les instruments sont placés et montés, et une horde de techniciens donnent leur directive pour placer les caméras. Puis, la régisseure demande le silence, et nous effectuons une première répétition.
Le temps d'ajuster quelques éléments, l'enregistrement a finalement lieu. Le tout se fait en une seule prise, de façon très naturelle. Je commence à réaliser qu'à force de faire de la télé, on en vient qu'à y prendre goût et ça paraît à l'écran. Malgré mes pépins techniques (pas un, mais mes deux bâtons de dunduns ont fendu en jouant....), j'ai bien aimé cette autre expérience télévisuelle. Je vous laisse avec le résultat! Bon visionnement!
Le vidéo de notre performance se trouve à la fin de ce post.
L'univers de la télévision demeure pour moi quelque chose d'unique en son genre. Et c'est un des aspects de ma passion des percussions que j'adore particulièrement. Pouvoir embarquer et faire partie de cet univers, ne serait-ce que pour quelques minutes, est toujours très spécial. Et j'ai eu la chance de vivre une autre expérience télévisuelle unique vendredi soir dernier, sur le plateau de l'émission L'heure de gloire animée par René Simard. Voici donc le compte-rendu des dessous d'une très, très grosse machine télévisuelle.
Pratique très tardive
Avant d'exposer plus en détails cette journée sur les plateaux de studio, il faut que je vous parle de la veille, dans les locaux de Samajam, où nous devions pratiquer la pièce musicale, qui était (roulement de tambours)...... Dégénération de Mes Aïeux ! Il fallait bien la faire un jour où l'autre ! Le concept du numéro était simple. Jouer la pièce aux dunduns, djembés, shakers et cajòn, avec la gang du Club des Ex, émission de débat d'actualité sur RDI, animée par le trio d'ex-politiciens Liza Frulla, Jean-Pierre Charbonneau et Marie Grégoire, sans oublier l'animateur de l'émission, Simon Durivage.
Nous avons donc rendez-vous à 22h, par un jeudi soir glacial où le vent hivernal souffle assez fort. Nous passons la fin de soirée à décortiquer la pièce sous la direction de notre leader Pat Dugas. J'ai toujours adoré faire cet exercice qui permet tellement de mieux comprendre la création d'un morceau musical, de comprendre les points de chute et les points forts, de mesurer toute l'importance de l'interprétation juste. Le découpage de la pièce est assez facile à mémoriser, étant assez répétitive dans sa structure. Il faut seulement faire attention de ne pas accélérer comme toujours. Je suis aux dunduns, ce qui est sans contredit un poste clé dans la pièce, puisque c'est un morceau où ce genre d'instruments est prédominant.
Après deux heures et demie de pratique où je dois par moment lutter contre la fatigue, notre groupe d'une quinzaine de personnes est bien contente du résultat et nous allons aussitôt nous coucher, non sans avoir affronter les vents et la poudrerie.
Rodage
Nous sommes en route dès le lendemain après-midi en direction de l'aéroport Saint-Hubert, là où sont situés les studios Mel's, gigantesques hangars abritant le plateau de tournage de L'heure de gloire. Dès notre arrivée, nous sommes convoqués sur le plateau pour le début d'un très long rodage de notre numéro. C'est toujours saisissant de pénétrer dans un tel studio de télévision. Et celui-ci est sans aucun doute le plus moderne et le plus gros qu'il m'ait été donné d'admirer de mes propres yeux. On se croirait dans une véritable capsule spatiale, tellement il y a des gadgets. Des éclairages futuristes, un plateau circulaire surélevé amovible, des caméras haute définition dernier cri un peu partout...Et une équipe de techniciens considérable qui s'affairent à tout mettre en place pour la soirée. C'est définitivement de la grande télévision, et c'est très évident que le réseau met le paquet sur cette émission.
Aussitôt que les instruments sont rentrés, Mélanie, l'assistante du régisseur de plateau, vient à notre rencontre, et nous donne ses premières directives. Nous amenons tout notre attirail sur la grande scène circulaire, non loin des grands escaliers. Puis, toute l'équipe de sonorisateurs vient "enfiler" nos djembés, cajòn et autres instruments avec une multitudes de micros. Micro-clip, perches, micro-attaches, etc. Ensuite vient le test de chaque instrument muni de son microphone, et par la suite, Cheick Anta et Nicola se dirigent sur la passerelle où ils joueront à côté de Martin Deschamps. Nadine, la directrice musicale du house band, vient ensuite nous voir pour nous souhaiter la bienvenue et elle nous explique le déroulement de la répétition.
S'ensuit par la suite de multiples prises de la pièce, avec à chaque fois l'ajout d'un morceau au grand puzzle. Chaque élément est décortiqué, tout est passé au peigne fin. Je comprends donc, puisque l'émission étant diffusée en direct, il ne faut pas faire place à l'erreur. Il faut pour notre part, en tant que groupe, s'ajuster à ce tout nouvel environnement sonore. On commence donc à pratiquer avec le batteur, et c'est plutôt cahoteux. Normal, il manque des moniteurs, ces fameux haut-parleurs qui nous aident à entendre. Même après avoir refait le tout avec ça, c'est encore hésitant. Pat décide donc de se munir d'une cloche à vache pour mesurer le tempo. Dans cet environnement, il y a beaucoup de réverbération, ce phénomène acoustique qui fait en sorte que ce qu'on entend sur le plateau est totalement différent de ce qui sera diffusé à la télé. Il faut donc jouer en oubliant ce qu'on entend, et en se fiant au tempo de la cloche. Très particulier comme sensation.
Lentement mais sûrement, le groupe devient de plus en plus à l'aise, Pat y allant de ses directives, et à voir la présence de moins en moins fréquente de grimaces sur son visage, c'est rassurant. Pour ma part, je suis extrêmement bien placé, juste en face de lui, tout juste à côté du caméraman. J'ai intérêt à ne pas échapper mes bâtons ! Le manège se répète environ une dizaine de fois, avec cette fois le band au grand complet, avec les danseurs, avec ensuite les déplacements des caméras, le test de lumière et finalement, la prise finale avec les artistes, soit Martin Deschamps, les quatres "Ex" et René Simard. Étrange de voir ses gens en chair et en os, surtout les quatres apprentis chanteurs, qui sont peut-être à l'aise devant les caméras, mais qui sont vraiment vulnérables à endosser la peau de chanteur le temps de quatre minutes. Et c'est là un double défi pour nous, puisque s'ils décident de chanter plus vite, ce qui risque fort bien de se produire et bien, il faut composer avec ça ! Dur dur d'être musicien !
Finalement, après deux heures de rodage, le régisseur appelle une dernière prise avec toute la gomme. On fait le numéro comme dans la réalité, avec cette fois "l'aller pause", soit le rythme que nous allons jouer lorsque René parle à la caméra avant d'aller en pause publicitaire. Lorsque tout le monde est satisfait, nous montons tous à la loge pour une pause bien méritée!
Figuration de parapluie
Après une petite demi-heure de pause détente, où j'en profite pour boire un Guru, question de rester alerte, il est temps de redescendre sur le plateau pour participer de façon figurative au numéro du Parapluie, où Denis Gagné, animateur de l'émission L'épicerie, chante le classique de Daniel Bélanger avec Annie Villeneuve. Pendant que huit de mes amis sont en train de se faire donner les instructions quant à la figuration du numéro, je demeure en retrait, préférant admirer toute la mécanique de l'équipe qui est en train de travailler pour que l'émission de ce soir soit une réussite. Le directeur de plateau annonce bientôt la première répétition du numéro, où à un moment clé bien précis, mes collègues placés dans le public ouvrent leur parapluie blanc, provoquant un magnifique jeu de lumières. J'avoue que je suis passablement surpris par l'aisance et l'assurance de Denis Gagné sur scène et sa chanson est très bien choisie. Après 3 ou 4 répétitions, c'est dans la poche, et nous sommes de nouveau en pause pour aller souper.
Générale et maquillage
Un véritable festin nous attend dans la salle à manger, avec du tilapia, des côtelettes de porc, pâtes, salades, fruits frais, fromages, café, etc. Le tout en quantité industrielle, car il y a plus d'une centaine de personnes à nourrir. Comme quoi je vous disais à quel point l'équipe était grosse ! Et tout ce beau monde se mêlent et jasent entre eux comme s'ils se connaissaient depuis belle lurette. D'un côté, je vois les Kevin Parent, Martin Deschamps et Annie Villeneuve avec les danseurs, de l'autre je vois les Liza Frulla, Simon Durivage, et compagnie parler de leur performance à venir. Et nous, pendant ce temps-là, nous nous retirons dans notre salle, non pas par acte antisocial, mais bien parce que Pat a beaucoup de choses à nous dire à propos de ce qu'il a vu. Le mot le plus important à retenir en télévision, c'est celle du focus. Toujours rester branché sur le leader. Avoir un équilibre entre le trip total sur scène et le contrôle de soi. Tout est question de dosage...
Les minutes filent, bientôt 18h30, et il est maintenant temps de redescendre sur le plateau pour la générale, après nous être changés. La différence entre la répète de cet après-midi et la générale, c'est que l'on recrée l'émission de bout en bout en effectuant tous les enchaînements et tous les déplacements de matériel. Ainsi, l'assistante du régisseur de plateau, chronomètre en main, donne le temps restant à chaque pause aux techniciens de son, ces derniers ayant 30 secondes pour brancher 4 micros dans les cajòns, installer deux micros perches, et installer deux moniteurs. Un véritable tour de force et je ne comprends toujours pas comment ils arrivent à ne pas se tromper tellement il y a de fils.
Sitôt notre portion de générale effectuée, nous attendons que le numéro des parapluies se termine. Annie Villeneuve chante avec un bigoudi dans le toupet, sa coiffure n'étant pas encore entièrement terminée, ce qui donne une étrange vision. Puis, nous retournons à notre salle afin de commencer le processus du maquillage. Car oui, il faut atténuer les zones luisantes de la peau afin de mettre en valeur l'éclairage scénique. Les filles vont se mettre belle en premier, et le qualificatif "belle" est un euphémisme lorsqu'elles reviennent de la salle de maquillage...Wow !! Impressionnant...À part l'extrême blancheur du visage...Mais bon...C'est ensuite à mon tour d'aller me faire beurrer la face. En attendant mon tour, je discute dans le couloir avec une sympathique fille et un gars plutôt grand à la barbe naissante. Ce n'est que plus tard que je vais savoir qu'il s'agissait du duoTricot Machine qui performe ce soir-là. En entrant dans la petite salle aux multiples miroirs, j'ai à peine le temps d'apercevoir Annie Villeneuve qui se fait encore retoucher. On dira ce qu'on voudra, elle a un visage splendide cette femme. C'est un autre aspect de mon job de percussionniste qui me plaît pas mal...Mais je m'éloigne du sujet...
En coulisses
Passé 20h, il faut aller se placer en coulisses avec nos instruments ! En descendant le long escalier surplombant l'immense plateau, je constate qu'il y a beaucoup plus de public que je ne l'aurais pensé au départ. L'animateur de foule Luc Cauchon est en train de réchauffer le public. Nous passons en douce le long du décor pour aller retrouver nos instruments en arrière-scène. Incroyable la technique déployée ici. Des consoles de sons futuristes digitales, un réservoir de glace sèche énorme, des projecteurs, une quantité astronomique de fils électriques et des micros numérotés et identifiés pour chaque artiste.
Chaque invité de l'émission vient se placer au pied de l'escalier menant à l'entrée de la scène, derrière deux gigantesques panneaux. La fébrilité monte d'un cran alors qu'il ne reste que quelques minutes avant le début de l'émission. René passe en coup de vent et nous souhaite à tous de bien nous amuser. Puis, le régisseur donne le signal "Dans 5...", le band commence à jouer, les caméras s'allument puis, nous entrons en ondes! C'est parti!
En direct
Dès ce moment, alors que je sursaute en entendant les feux d'artifices éclater dans la salle (je ne m'attendais pas vraiment à ça...), je sens l'adrénaline qui commence à serpenter dans mes veines. J'entends, tout juste de l'autre côté des panneaux de décor en contreplaqué, le public, mené de main de maître par l'animateur de foule, applaudir au moindre fait et geste de René. Ce dernier présente un à un les invités, puis, alors que nous sommes tous cordés derrière le décor avec nos instruments, un vidéo de chaque artiste pratiquant leur chanson avec leur mentor est diffusé.
Je n'ai à peine conscience de ce qui se passe durant les 30 prochaines secondes. C'est une course folle qui s'ensuit. Nous avons 30 secondes pour amener les instruments sur scène, faire attention de ne pas mêler les fils des micros, et se placer selon nos emplacements de la répète. Je suis le premier à monter sur scène avec mon dundun, et je suis témoin de toute la virtuosité des techniciens qui en trente secondes, sous le décompte implacable du régisseur de plateau, branchent et placent tous les micros et les moniteurs, puis disparaissent comme par enchantement. De la vraie magie.
J'ai à peine le temps d'y penser que mes amis viennent me retrouver sur le plateau, tout juste à temps pour le début de la présentation avec les invités. René Simard introduit la chanson, explique qui sont les participants, et enfin, le véritable moment de vérité est arrivé. Le batteur du house band donne le tempo, et puis la machine est en marche. Et, ce qui nous a été dit en début de répète se réalise. Simon Durivage commence à chanter beaucoup trop tôt, et nous sommes complètement offbeat. Mais, il est tellement dedans sa chanson, et en plus c'est du direct, que nous ne pouvons pas faire marche arrière. Pat nous fait signe aussitôt de changer de ligne musicale, et comme par enchantement, tout revient dans l'ordre.
Le reste de la pièce passe en coup de vent, comme à l'habitude. Je reste connecté sur le battement de cloche de Pat qui, muni de ses écouteurs, entend le métronome qui permet de rester pile dans le bon tempo. C'est cacophonique à souhait sur scène avec les instruments, le délai dans le moniteur, la foule qui crit, les chanteurs qui sont vraiment dedans. Puis, la pièce se termine, et c'est le délire dans le public. Nous avons encore une fois bien livré la marchandise.
En revenant à la maison ce soir, encore un peu étourdi par cette folle journée, j'allume le téléviseur pour admirer notre travail. Et je suis soufflé par le résultat. Ça sonne comme une tonne de brique, et tout le monde de notre gang est resplandissant. La magie de la télévision a encore une fois fait son oeuvre. Et c'est une autre super belle expérience que je mets dans mon baluchon.
Dimanche soir, à l'Alizé, nous, les spectateurs, avons vécu un moment indescriptible, extraordinaire. Pendant deux heures, nous sommes tous tombés sous le charme de Taafé Fanga et du grand maître Billy Konaté. Ce fut bien plus qu'à la hauteur de mes attentes, et je crois bien franchement qu'il me faudra encore quelques jours pour me remettre de l'incroyable raz-de-marée d'énergie qui est passé dans la salle de l'Alizé hier soir.
J'arrive sur les lieux vers les vingt heures. Dehors, c'est la grisaille, et le froid est plus mordant, signe que l'automne s'installe. Mais, afin de dire au revoir une dernière fois à l'été qui est passé en coup de vent, rien de mieux qu'une soirée chaude à saveur africaine. En entrant dans le bar, j'aperçois mes amis qui sont déjà installés dans les fauteuils côté jardin de la scène. Tous ont très hâte que le spectacle commence. Le temps de me chercher une bonne bière, je salue Sadio et lui souhaite un excellent spectacle. Ce ne sera pas difficile, il est gonflé à bloc.
Peu à peu, les gens affluent dans le bar, et bientôt, la salle est pleine. Les musiciens s'affairent aux derniers tests de son, et nous sommes bercés par la douce musique de la kora, en guise d'amuse-gueule avant le plat principal. Puis, après une petite demi-heure, les musiciens prennent enfin place sur la scène, les lumières baissent, et les premières frappes de djembé se font entendre, accompagné de la douce mélodie des balafons.
Dès ce moment, nous sommes transportés dans les savanes lointaines africaines, dans un village de la Guinée ou du Sénégal, là où les tambours servent à célébrer la vie, à remercier la terre. Les quatres percussionnistes de Taafé Fanga sont particulièrement en forme ce soir, et les frappes de duns et de djembé se mêlent dans une musique tellement brute, pure et puissante. Tous, sans exception, avons le sourire accroché au visage, nous gavant de cette énergie.
À tour de rôle, les quatres djembéistes s'exécutent au solo, pendant qu'un des deux frères jumeaux Landry est derrière, gardien du rythme au dundun. La finesse et la justesse de leur jeu est toujours et à chaque fois incomparable, véritable coups de tonnerre dans la noirceur de la salle. Puis, le quatuor entame une salve de frappes simultanées, un cassé annonçant la bienvenue aux trois danseuses du groupe, toujours aussi radieuses, j'ai nommé Estelle Lavoie, Julie de Lorimier et Karine Hamel.
Dès l'instant où les trois danseuses posent le pied sur scène pour effectuer leur premier pas de danse, la magie de la musique ancestrale millénaire de l'Afrique fait son oeuvre. Je suis toujours subjugué par le pouvoir que détient cette musique. L'adjonction des percussions et de la danse africaines a un pouvoir unique, il n'en fait aucun doute. Nous ressentons, en voyant de nos propres yeux les djembés et la danse, et en entendant de nos propres oreilles la musique qui vient faire vibrer notre squelette, une émotion sans pareille, une émotion viscérale. Les couleurs de la peau et les accents de la parole se mêlent et se fondent pour ne plus avoir de différences.
Le spectacle prend une toute autre tournure lorsque le grand maître djembéfola Billy Konaté monte sur scène. Ses frappes fendent l'air tel un couteau acéré, les ondes faisant vibrer le tympan avec une telle force qu'il est à se demander comment une simple main peut émettre un son aussi fort. Les bras du djembéfola se mêlent en un formidable tourbillon. Les autres membres du groupe sont "à l'abri" de cette tempête, puisque c'est le public qui la reçoit. Quel moment d'une intensité sans pareille lorsque, surgissant de nulle part, une magnifique danseuse africaine vêtue de sa robe orangée de feu vient "affronter" cette tempête. Deux tourbillons alors se mêlent, les sons viennent s'incruster aux mouvements tribaux de la danse, marquant ainsi toute la symbolique et la puissance du rythme.
L'apothéose survient lorsque Cheick Anta Faye, celui que je côtoie à chaque semaine et qui est maintenant plus qu'un simple enseignant pour moi, monte sur scène à l'invitation de Sadio. Et je suis alors témoin d'un moment qui dépasse toute logique. Aux côtés de Billy Konaté, ils ont chacun fait un solo musical hors du commun. Sur scène, ils étaient carrément des monstres sacrés du djembé, plus grands que nature.
On ne peut qu'être reconnaissant d'être vivants après une telle prestation, qui vient nous chercher jusqu'à la moëlle. Ce soir-là, le pouvoir des pagnes a encore fait son oeuvre, tellement il est grandiose!
Photos prises lors du spectacle de Taafé Fanga aux Francofolies de Montréal en août 2007. Gracieuseté de Truc T., percussionniste.
Vendredi (où devrais-je dire samedi matin) soir, 22 septembre, 2h22 AM. J'écris ces lignes, totalement épuisé, mais incapable de trouver le sommeil. J'ai vécu une semaine où le mot intensité consiste à un euphémisme pour la décrire en mots. Jamais je n'ai vécu une semaine aussi effrénée que celle qui vient de passer, ce fut un véritable raz-de-marée d'énergie nouvelle, qui correspondait au début de la nouvelle session d'automne de percussion à Samajam. Nouveaux cours, nouveaux rythmes, nouvelle expérience d'enseignement, et surtout, nouvelles rencontres. Un véritable vent d'air frais arrive avec l'automne, et il entre à pleine porte dans l'école. Voici donc un compte-rendu de ces cinq soirs qui ont passé en coup de vent.
Acte un - Lundi - Cours de danse et soli
Quoi de mieux que de commencer la semaine en lion avec un cours de danse africaine? Cela faisait plus de six mois maintenant que je n'avais pas joué pour la classe de Claudine Malard, et bon dieu que j'avais hâte de renouer avec cette formidable période de quatre-vingt dix minutes de pur trip musical. Et cette année, j'ai décidé de délaisser le djembé pour parfaire mon jeu au dundun. Et nous, les six étudiants qui formont le band, avons le grand honneur d'être dirigé cette session par nulle autre que Mélissa Lavergne. J'étais d'ailleurs bien content de la revoir ce soir-là.
Quel moment magnifique nous avons vécu tous ensembles. J'ai rarement vécu un moment musical aussi intense. Nous étions totalement connectés les uns les autres, la musique roulait sans aucun effort, sans aucune fausse note. Le fait de jouer, un seul et même noyau, depuis plusieurs sessions aide à acquérir de l'assurance, et ça paraît. L'énergie a atteint un nouveau sommet, et j'ai bien hâte de voir les prochaines semaines. Claudine, comme a son habitude, était vraiment en super forme. Je crois que tout le monde avait bien hâte de renouer avec ces lundis soirs de danse!
Porté par cette énergie enracinée, la soirée se poursuit avec le cours de Mélissa. Juste le fait de se retrouver à sept personnes seulement avec elle est un privilège et une chance unique. Le cours démarre sur les chapeaux de roues avec la révision du tutti, le cassé que l'on retrouve dans le soli rapide de Mamady. Exercice intense de mémorisation et parfait pour s'exercer avec les fameuses ghost notes entre chaque frappe. Le temps file à la vitesse de l'éclair, et la deuxième partie du cours se joue sur les dunduns, avec les trois accompagnements du soli. On goûte vraiment à l'univers des rythmes ternaires, et il faut bien savoir compter les temps. On ne voit pas celui de l'horloge par contre, et déjà, la soirée se termine.
Acte deux - Mardi - Cours Débutant 2
Le lendemain, c'est déjà le temps de passer en mode enseignement pour le premier cours des Débutant 2. Éric est aux commandes et je suis sur scène avec Cheick Anta. J'arrive plus tôt qu'à l'habitude, prenant le temps de bien placer mes instruments. Il y a de la fébrilité dans l'air juste à revoir des nouveaux visages et bien sûr, ceux qui sont déjà connus et que j'avais tellement hâte de retrouver. Une trentaine de gens se trouvent bientôt dans la grande salle, et je commence le réchauffement avec un kuku bien senti, et lorsqu'Éric entre dans la salle, l'atmosphère est déjà survoltée.
Le cours se déroule vraiment bien, les gens sont souriants, et je me déplace d'un bord à l'autre de la scène, tantôt au shaker, tantôt au djembé. Puis, je me faufile entre les gens pour leur montrer les positionnements des mains. Je suis dans mon élément, et cela fait un bien énorme. On enchaîne après avec le rythme de Pap N'Diaye de Côte d'Ivoire, et un autre cours se termine bien rapidement après un effort collectif admirable de la part des élèves.
Je profite de l'après-cours pour aller jaser avec des gens qui reviennent au bercail après une trop longue absence, et je constate vraiment à quel point tout ce beau monde m'avait manqué durant l'été. Après le premier acte de la veille, le deuxième est vraiment annonceur de belles soirées musicales!
Acte trois - Mercredi - Jam à 180
Enfin, le grand jour arrive, celui de la rentrée des «petits nouveaux». La journée est spendide, ensoleillée, et le parcours en métro pour se rendre à l'école semble beaucoup plus long qu'à l'habitude (à dire vrai, je pourrais même en faire un article tellement je trouve que prendre le métro vers les 17h30 est un vrai périple...À suivre). J'arrive quand même assez en avance à l'école pour souffler un peu. Déjà, on sent une atmosphère bien spéciale, et une file de gens attendent déjà devant la grande porte pour s'inscrire.
En entrant dans la grande salle, qui pour l'instant est vide de tout occupant, je constate que l'école n'a pas lésiné sur les moyens. 160 chaises sont cordées en rangées, avec un djembé devant chacune d'elle. Une caméra, nouvel ajout pour les cours, est monté au fond de la salle, avec le projecteur. Dans le couloir, une foule de nouveaux visages sur lesquels on peut lire mille et unes questions. Ils auront vite les réponses...
L'équipe d'animation s'est drôlement agrandie ce soir, car nous avons besoin du maximum de support provenant des élèves de niveaux plus avancés. Nous sommes une trentaine à s'entasser dans le petit local, djembé sortis, prêts à passer une soirée du tonnerre. Avec Cheick Anta et Gotta, nous pratiquons notre pièce du Safara question de se réchauffer et de faire grimper l'énergie en flèche. Puis, Louis vient nous retrouver et nous explique la petite mise en scène qui servira de coup d'envoi à une nouvelle session débutante.
19h05 arrive, et il est maintenant temps d'aller casser la barraque dans la grande salle. Les portes s'ouvrent, et aussitôt les murmures cessent, les regards se tournant vers nous. La salle est remplie à craquer et nous avons même de la difficulté à nous frayer un chemin jusqu'à la scène. Et il est encore plus difficile d'y trouver une place, avec nos tambours et nos instruments. Une vingtaine de personnes sur le stage, et bien, ça fait beaucoup de monde.
Nous nous installons tous dos à la foule. C'est assez étrange comme sensation de sentir autant de regards se fixer sur nous. Je me rappelle qu'à chaque fois, cet instant reste gravé dans ma mémoire. Car tous ces gens qui sont présents ici ce soir n'ont aucune idée à quel point cette soirée restera marquée dans leur existence, peu importe s'ils décident de poursuivre l'aventure des percussions ou non. Et à voir le nombre inégalé de personnes, soit 162, garanti que ce soir, il se passera quelque chose de grave!
Louis donne le signal à Cheick, et aussitôt, celui-ci se lance dans un roulement du tonnerre, et cela constitue en quelque sorte au lever du rideau. Puis, Sadio arrive du derrière de la salle et les deux Sénégalais se lancent des appels réponses au tambour. Je sens alors une décharge électrique le long de ma colonne vertébrale. Les deux font ensuite l'appel, et c'est le signal à moi, Nico et Christian de se retourner pour faire le Safara. Même si le tout n'est pas parfaitement au point, l'effet est canon, tout le monde apprécie vraiment le moment. Puis, Louis lance de nouveau un appel et nous lançons une charge à fond de train avec le kuku. Aussitôt, le mercure monte de quelques degrés.
Le reste du cours passe en coup de vent. Une formidable dose d'énergie, une bombe à 160 personnes. Il y a une chaleur étouffante dans le local, rendant ce dernier complètement tropical. Les gens crient, chantent, jouent de bon coeur. C'est une véritable célébration de la musique, et pourquoi pas, de la vie tout court. La synchronie entre les quelques 190 personnes présentes ce soir est parfaite. Même Luc Boivin, le directeur musical de l'école, n'en revient tout simplement pas. La session part définitivement sur des chapeaux de roues. Le cours se termine en une apothéose de bruit, de cris, de joie et d'adrénaline. Tellement intense que nous restons encore une dizaine de personnes, en cercle, à jammer pendant une heure sans baisser de régime. Je reviens chez moi complètement sonné par toute cette tornade. Ça fait tellement de bien!!
Acte quatre - Jeudi - Percussion en plein air "pur"
Moi qui pensait ne jamais être capable de m'endormir, et bien, j'ai eu tort, car aussitôt ma tête posée sur l'oreiller, je dormais déjà, l'adrénaline s'étant dissipée de mes veines d'un seul trait. Je me réveille le lendemain, un peu courbaturé d'avoir tant joué intensément hier, mais je m'en fiche. La journée est splendide, et ça tombe rudement bien, car c'est la journée sans voitures à Montréal. Enfin, le centre-ville est à nous! L'été semble ne pas vouloir quitter, et c'est tant mieux! Je file donc au coeur de Montréal pour constater de mes propres yeux à quel point il devrait y avoir des journées comme celle-là beaucoup plus souvent. Je m'esclaffe de rire devant les automobilistes criant un joli paquet de sacres sur René-Lévesque, incapables de tourner vers le nord. Puis je passe les clôtures, et je me surprends de marcher sur la rue Sainte-Catherine sans qu'il n'y ait un seul bruit de klaxon ni de moteur. Le bonheur.
Je regarde ma montre et je dois me dépêcher, car dans cinq minutes, le spectacle du midi aura lieu et deux de mes profs percussionnistes participent à l'événement: Sadio Cissokho et Mélissa Lavergne. Sadio joue avec son groupe africain Taafé Fanga alors que Mélissa joue avec le groupe de percussions Insolita. Je dois me rendre au Square Phillips pour pouvoir profiter du spectacle, et j'avoue que l'endroit est fichument bien choisi. Le soleil plombe au maximum et bien vite, je suis trempé. Je retrouve rapidement Éric, J-F et Karine, non sans avoir au préalable été saluer Sadio qui se prépare à jouer. Les Respectables sont les premiers à monter sur scène et ils interprètent trois de leurs chansons, et enfin, c'est au tour de Taafé Fanga de saluer le soleil avec leur musique africaine.
C'est toujours aussi bon, aussi savoureux, aussi agréable de les entendre. Ils y mettent toute la gomme, avec les duns, balafon, djembés, danse. Et sous le soleil, on ne peut pas demander mieux. Puis, Mélissa et son groupe Insolita montent sur scène pour interpréter deux numéros de percussion vraiment originaux. Le premier numéro met en scène quatre percussionnistes assis sur des cajòns, avec des seaux de peinture «Rona» en guise de tambour, qu'ils frappent avec des baguettes. Par contre, le deuxième numéro est vraiment spectaculaire. Installé chacun derrière quatre surdos, ils jouent une pièce où, à chaque contact de la baguette avec la peau, une énorme gerbe d'eau les éclabousse. Ajouter à cela leur costume plein de couleurs et de maquillage, vous avez là quelque chose qui atteint l'échelle de 10 quant à l'originalité. Nous partons à contrecoeur après leur prestation, alors que Les Respectables reviennent sur scène. Mais, mal nous en prit, car nous entendons bien vite un solo de djembé. Mélissa est de retour sur scène! Nous accourrons donc de nouveau au devant de la scène, et j'ai peine à croire que j'ai la chance de suivre les enseignements de cette musicienne au grand talent.
Soleil et chaleur obligent, je décide de faire l'école buissonnière, et je vais prendre une bière sur une terrasse avec Éric, goûtant au maximum aux derniers rayons de soleil de l'été.
Acte cinq - Ceinture orangée
Le lendemain soir, j'ai rendez-vous, en guide de conclusion à cette semaine complètement folle, à l'école pour faire passer l'examen des ceintures orange à sept candidats. J'arrive donc au local où ils sont déjà en train de pratiquer, et j'admire leur détermination. C'est un des aspects de mon nouveau travail qui me surprend et qui me tient vraiment à cœur. Être témoin de l'évolution de ces sept personnes est quelque chose de vraiment spécial. Ils en sont rendus à vouloir se dépasser dans cet exercice qui a tout pour décourager le commun des mortels, demandant patience, mémoire, gestion de stress et un certain talent technique.
L'examen se déroule rondement, et j'ai le plaisir de remettre six ceintures oranges aux heureux élus, ce qui fait une excellente moyenne. Le temps de savourer une dernière bière sur la terrasse, je retourne enfin chez moi pour profiter, pour une rarissime fois, à un week-end sans percussion!
Je viens de tomber sur ce vidéo de Mamady Keïta qui a récemment fait une tournée en Asie, après être venu nous voir en juin dernier. Dans ce vidéo, vous pouvez admirer la grande virtuosité dans le jeu de ce djembéfola qui est dans une classe à part. Tout est dans la finesse des frappes, des doigts jusqu'aux roulements des mains en feu, qui se marient avec grâce à la mélodie des dunduns, mélodie joué par sa femme. Un pur moment de magie.
En me réveillant ce matin-là, café à la main et consultant comme à l'habitude mes courriels et messages sur Facebook, je reçois un message de Louis qui me demande si je suis fin prêt à prendre les commandes du cours offerts aux élèves débutants en percussion africaine. Je peine à avaler ma gorgée de café, subissant ainsi une décharge électrique qui me prouve à l'instant précis que le café est une invention purement psychologique qui n'a rien de comparable au rush d'adrénaline que je suis en train de ressentir.
Sans même prendre une seconde à réfléchir si je suis réellement prêt, je laisse mes mains pianoter au clavier et pire, sans même daigner jeter un oeil sur l'écran avant de diriger mon curseur sur "Envoyer", la réponse est déjà partie dans les méandres d'Internet où elle sera lue dans à peine quelques minutes par celui qui me pousse à tenter ma chance dans l'enseignement. «Bon!», me dis-je, « Je fais quoi maintenant? ». Bravo pour la compulsivité, vous aie-je dit que c'était un trait dominant de ma personnalité?
La préparation
Étrangement, j'ai la réaction totalement inverse de ce que je serais normalement supposé ressentir, à savoir un état de stress frôlant la panique. J'ai une confiance absolue en mes moyens, je suis en forme, et je sais déjà pas mal ce que je vais avoir à montrer au groupe ce soir. Dès lors, je vaque à mes occupations quotidiennes comme si de rien n'était, attendant avec calme, mais avec une certaine hâte, l'heure fatidique où je devrai me rendre à Samajam.
Ce moment arrivant enfin, j'arrive au local un peu plus tôt que d'habitude, afin de bien me préparer et monter les instruments. Ce soir, les gens délaisseront le djembé pour les dunduns, et je dois m'assurer que tout est prêt avant le début du cours. Sans trop m'en rendre compte, je rentre dans ma bulle, dans un focus d'une telle ampleur que je ne remarque même pas les gens qui arrivent un à un. Puis, l'heure "J" arrive enfin, je m'installe derrière le djembé dont j'ai si souvent réchauffé la peau avant que Catherine ne prenne le relais pour enseigner, et je plonge.
Plonger est en effet le bon terme, puisque je suis comme un poisson dans l'eau. Tout est naturel, normal, juste, équilibré...Je commence par m'assurer que tout le monde est prêt, puis je prends la parole et je dédie mon tout premier cours à ma prédécesseure, la belle Catherine Dacjzman, qui a tout récemment quitté l'école pour se concentrer sur sa carrière de comédienne. J'entame ensuite le cours avec un échauffement basé sur le rythme du djolé, où je m'amuse à faire suer les élèves en leur démontrant la difficulté de jouer sans référence de temps. Je me surprends moi-même à leur montrer cela, puisque je n'ai aucunement planifié le coup. Je sais seulement qu'ils sont en mesure de comprendre et de réussir, c'est l'essentiel.
La dernière pièce du casse-tête
Après avoir fait monter la cadence d'un cran, ce qui est assez facile à voir selon l'expression faciale des gens, je m'installe derrière un dununba monté sur son support pour expliquer l'art de jouer des dunduns. Le dos bien droit, le haut du corps relâché, le jeu du poignet qui fléchit pour laisser la main tenant la «noix» frapper la cloche, l'autre tenant le maillet pour venir frapper en plein centre la peau de vache. La prochaine heure passe en coup de vent, tellement je suis concentré à montrer chacun des trois accompagnements. Les élèves sont super bons, la matière rentre bien, tout baigne dans l'huile...
L'apothéose du cours survient lorsque les quinze dernières minutes s'écoulent au cadran. L'énergie est à son comble malgré la fatigue, et je veux absolument que les élèves, mes élèves en fait, goûtent enfin au plaisir de jouer un rythme africain au complet, avec les trois dunduns, les cloches et les shakers. Je distribue donc à chacun l'accompagnement qu'il devra effectuer. Nous commençons par le kenkeni, suivi du dununba, suivi du sanbang. Une fois que les duns ont parti la locomotive, on ajoute les djembés, soit les quatre accompagnements du yankadi. Les lumières tamisées, l'énergie de la musique, la puissance des notes des tambours, tout se met en place, tout se verrouille ensemble, et le groupe décolle pour atteindre un nouveau plateau, un niveau supérieur.
Est-ce une simple coïncidence ou bien étais-je prédestiné à cela, je ne sais pas trop. N'empêche que ce soir-là, j'ai finalement apposé la pièce du puzzle qui manquait à ces élèves pour savourer complètement ce qu'est un rythme africain complet. Et en entendant toute la beauté et la justesse du son et l'énergie dégagée par les claquements de peau, j'ai réalisé la chance que j'avais de pouvoir être là, en ce moment même, à savourer la musique, à savourer la vie.
Le fil et le déclic
Le jam dure environ 15 minutes, et lorsque les lumières s'ouvrent à nouveau, un déclic se fait dans ma tête. Je l'entends, mais je n'y prête pas attention, enfin, pas encore. Je suis encore sur une puissante vague d'adrénaline, mais je suis fier de ce que j'ai pu entraîner et provoquer comme accomplissement musical ce soir. Ça mérite bien une bonne bière que je vais savourer entre amis sur la terrasse.
Une heure et des poussières plus tard, c'est le moment de retourner à la maison, où la belle Karine m'offre de faire un bout de chemin avec elle le temps de trouver la station de métro la plus proche. De nouveau seul avec moi-même, je retrace le fil de la soirée. Mais aussitôt, sans trop que je ne sache pourquoi, le fil s'étend beaucoup plus loin que ça. Il serpente jusqu'à mes souvenirs les plus lointains où, pour la première fois, j'ai osé toucher à un instrument de musique. Puis, en remontant le fil, je réalise, enfin, la chance incroyable qui m'est offerte.
Je dois être beau à voir dans le métro, le sourire fendu jusqu'aux oreilles et les yeux pétillants. Je m'en contrefous comme jamais. Mieux vaut mille fois être dans un pareil état. Je remonte le fil, le film de mes souvenirs. Mes jams savoureux entre amis où j'ai appris à me faire confiance et à prendre ma place. Mes premiers cours de percussions à l'UdeM où je me suis vraiment initié aux trois sons de base de l'instrument. Je me rappelle encore du tout premier spectacle à la fin de la session où mes amis étaient venus me voir, suivi d'une super belle soirée au Dieu du Ciel. Puis, il y a eu cette fameuse apparition de Samajam à la télévision avec Grégory Charles, instant où je prenais note du nom de l'école. Deux semaines plus tard, j'y mettais les pieds enfin pour la première fois.
Comme j'avais été impressionné de me retrouver face à face avec la belle Mélissa Lavergne en chair et en os! De pouvoir jouer avec autant de gens en même temps! L'été complètement fou qui a suivi, où j'ai participé à des festivals, monté des spectacles avec le grand Luc Boivin, jammé entre amis, appris à mieux me connaître lors du grand atelier, pour enfin assister des dizaines et des dizaines de fois mon amie et prof Catherine Dacjzman. Ce fut un très grand honneur que de pouvoir réchauffer la peau de son djembé à chaque début de cours...
Et ce djembé, aujourd'hui, il est rendu mien. C'est maintenant à mon tour que de porter en mon coeur cette passion, ce trésor, ce privilège que de promouvoir et enseigner les rythmes de la culture africaine millénaire. Le déclic est fait, je reprends contact avec la réalité et, la gorge nouée par l'émotion, je me retrouve chez moi, dans mon sous-sol, à lire ce message laissé sur le babillard virtuel de l'école:
À tous ceux qui n'était pas au cours jeudi.Vous avez vraiment manqué quelque chose.Nous avons trippé douns et shakers,c'était super cool!!! Merci Martin !!!Tu vas faire un excellent prof.
À ce moment précis, j'ai fini par remonter le fil, qui est attaché à une ampoule irradiant une lumière des plus puissantes et incandescantes. Je sais enfin que je réalise un de mes rêves.
Je remonte le billet sur le Cirque pour que vous puissiez voir le fameux vidéo de notre prestation avec les artiste du Cirque du Soleil. Je peux dire que je suis extrêmement ému par le contenu de ce vidéo qui me rappelle des souvenirs impérissables.
Encore une fois, merci au vidéaste Daniel (La Repouce) Lemieux pour son extraordinaire travail, et surtout, de m'avoir fourni le vidéo en primeur!
Je ne sais trop par où commencer cette chronique. Je suis encore sonné par l'incroyable journée que j'ai vécue dimanche dernier, tellement elle a été surréaliste. Le genre de journée qui marque un tournant dans l'existence de quelqu'un, qui étourdit, qui frappe l'imagination...Les mots sont faibles! Mon expérience avec le Cirque du Soleil a été des plus intenses et des plus fantastiques! Une incroyable incursion dans le monde du surréel, de l'imaginaire, du spectacle et du grandiose!
Le cirque est un petit bout d'arène close, propre à l'oubli. Un temps plus ou moins bref, il nous permet de ne plus penser à nous, de nous dissoudre dans l'émerveillement et la félicité, d'être transportés de mystère.
Henry Miller (1891-1980), dans «Le sourire au pied de l'échelle»
La transformation commence...
Bip! Bip! Mon réveil sonne et il est 5h30 du matin. À part les oiseaux, c'est le silence total. Je n'ai aucune misère à me tirer du lit, tellement j'ai hâte au spectacle. Le temps de manger deux oeufs, je pars et le trajet en métro ne prend que quelques minutes tellement ma tête est séparée de mon corps, voguant dans le rêve éveillé que je suis sur le point de vivre, les yeux bien ouverts cette fois. J'arrive au deuxième étage du Palais des Congrès à 7h30 pile, et déjà quelques-uns de mes compagnons sont arrivés. La metteure en scène, Lise, travaille à paufiner les derniers détails de certains numéros. Ça grouille en diable là-dedans. Techniciens de son, éclairagistes, accessoiristes, et bien entendu, les acrobates du Cirque sont là à suivre les directives des déplacements. «Pas trop vite SVP, prenez votre temps au final, attendez le signal de la chanteuse pour votre salut...C'est ça, OK, parfait! Break maintenant! On se retrouve dans une petite vingtaine!»
La pause est plus que bienvenue, et on en profite pour aller à notre loge où, surprise, un magnifique petit déjeuner nous attend, constitué de succulents fruits frais, céréales, café et jus. Du café!! Ingrédient essentiel pour passer au travers de ce brouhaha créatif. De plus en plus de gens viennent grignoter un peu, et j'avoue que je ne suis pas vraiment réveillé assez pour deviner à qui j'ai affaire. Et pourtant, je suis en ce moment même entouré par les acrobates du Cirque du Soleil. Je suis bientôt introduit à Elena Lev, la contortionniste aux cerceaux qui sera, dans quelques heures à peine, la première à s'exécuter au spectacle. Blonde, jeune, mince, et à l'allure très décontractée, elle est assez discrète, je dirais même concentrée. Nous la saluons, sans plus, étant trop dans notre bulle peut-être nous-mêmes...Nous rencontrons également les deux athlètes polonais, le Duo Design de par leur nom d'artistes. Ce sont les deux acrobates au corps d'Apollon qui réussissent des figures aériennes qui défient l'imagination tellement ils repoussent les limites de la musculature humaine. Eux aussi sont dans leur élément, concentrés, discrets, prêts à livrer la marchandise.
En attendant, les deux maquilleuses se préparent en s'installant devant les miroirs. Puis, c'est déjà le temps de passer à l'étape du maquillage facial, puisque cela prend entre 15 et 20 minutes par personnes. Et vu que nous sommes dix et bien, ça fait beaucoup de monde à transformer! Truc et Pierre-Yves sont les premiers, suivis de Cheick Anta et Sadio, puis Éric, Estelle, et finalement c'est mon tour. En m'assoyant dans la grande chaise haute, et en voyant mon visage dans le miroir, je me dis que ça y est. Maintenant, la transformation est en marche, je deviens à l'instant un artiste du Cirque, je suis à peine conscient des minutes qui vont suivre tellement je suis encore sous le choc. Suis-je encore en train de rêver à tout ça?
La seconde peau
Tout en ayant les yeux fermés, je focuse sur ce qui m'avait amené dans cette salle, à la seconde même, repensant à tout le chemin parcouru depuis presque deux ans maintenant. Une mosaïque d'images, évoquant des souvenirs imprimés dans ma tête, surgissent. C'est peut-être dû à une certaine logique des choses, mais je me demande encore aujourd'hui pourquoi je fus choisi pour faire partie de ce numéro incroyable plutôt qu'un autre. Et en essayant de trouver une réponse, je suis tiré de mes rêveries par la maquilleuse qui me demande d'ouvrir mes yeux et de les lever au ciel pour qu'elle m'applique une couche de mascara.
En les ouvrant, je vois une méchante belle différence avec le simple fond de teint blanc que j'avais au visage au tout début. Le maquillage de scène est saisissant et vraiment bien nuancé. Les maquillages sont vraiment l'extension des émotions que l'on ressent. Tout est amplifié. Si on fronce les sourcils, la colère est dix fois plus perceptible. Si on sourit, notre joie de vivre se communique encore plus facilement. Et en ce moment, elle doit se voir diablement facilement!
Le temps de prendre quelques photos de famille et de grignoter à nouveau, le temps file, et je constate un étrange phénomène autour de moi. Une certaine prise de conscience, comme un déclic qui s'effectue dans ma tête. Un à un, les artistes du Cirque arrive dans la loge, et cette fois, ils ont eux aussi transformé leur visage avec les maquillages qu'on reconnaît tellement bien lorsqu'on admire une performance du Cirque. Et lorsque je vois Timéo, le jongleur de feu, se maquiller lui-même devant le miroir, on dirait presque de la magie.
Il sépare son visage en deux, une partie foncée et une autre plus pâle, tout en dessinant sur son front un mélange d'hiéroglyphes et de symboles. Dès lors, il revêt une seconde peau, sa seconde peau, tellement il l'a revêtu souvent. C'est le premier morceau de son deuxième lui-même, celui qui explosera dans quelques minutes sur scène avec ses torches enflammées. Être témoin de ce moment unique où l'artiste se transforme est tellement spécial que j'en savoure chaque seconde. Étant placé tout juste derrière lui, je l'observe effectuer chaque coup de pinceau d'un geste assuré et robotisé, tellement il a dû le faire souvent. Il ne remarque même pas ma présence, il est dans sa bulle, concentré à sa métamorphose.
Métamorphose
Laissant Timéo se préparer, je retourne voir le groupe. Question de faire monter l'adrénaline un peu, je jamme avec Sadio, Cheick Anta, Estelle et Éric, puis Pat Dugas vient s'asseoir avec nous pour répéter la pièce. Ça fait vraiment super bizarre de se voir accoutré ainsi, de pratiquer notre morceau et de se dire que dans moins d'une demi-heure on sera sur la scène et que ce sera plus vrai que nature.
Vient ensuite le moment tant attendu d'enfiler nos costumes de scène. Dès que je suis vêtu d'orange de la tête aux pieds, je sens la montée d'adrénaline grimper en flèche. Tout le monde est fébrile. Enfin, je parle de notre petite gang de percussionnistes. Je ressens à nouveau le sentiment de déclic de tout à l'heure lorsque je vois les deux hommes forts polonais effectuer leurs figures mythiques et se réchauffer. Sûrement par soucis de ne pas gaspiller leur énergie, ils ne font qu'amorcer leurs mouvements, mais c'est tout de même très impressionnant. Puis, très vite, ils disparaissent de la salle pour aller revêtir leur deuxième peau eux aussi.
Lise, la metteure en scène, vient ensuite nous voir pour nous annoncer que nous devons être en arrière scène dans 15 minutes. Nous préparons donc nos instruments, test des courroies, mousquetons, etc. Puis, je prends encore plus conscience du moment incroyable qui est sur le point de se produire quand je vois arriver les mêmes visages que ce matin, mais cette fois-ci maquillés ET costumés. C'est fascinant de voir à quel point leur deuxième peau les métamorphose en quelque chose de surréel, qui appartient au domaine du rêve et de l'imaginaire!
Le temps de prendre une "photo de famille", la régisseure de scène vient enfin à notre rencontre et nous annonce qu'il est temps d'aller se positionner à l'arrière scène, en coulisses. Et c'est au même moment que j'entends pour la toute première fois les clameurs de la foule qui est juste derrière le mur. Le bruit a le même effet qu'une légère décharge électrique. Mais, tout en demeurant concentré, je marche, dundun à la taille, dans un couloir qui ne semble pas avoir de fin. Pendant que les autres parlent, je demeure moi aussi dans ma bulle, concentré, prêt à effectuer ce que j'ai répété dans ma tête des dizaines et des dizaines de fois depuis quatre jours.
Dédoublement de soi
En arrêtant devant la grande porte menant à l'arrière scène, je ressens le trac de façon inhabituelle. Je commence à réaliser enfin où je suis et surtout, avec qui je m'apprête à jouer dans quelques minutes. C'est complètement surréaliste. La porte du rêve et de l'imaginaire s'ouvre enfin, et je pénètre dans la salle, derrière les immenses panneaux multimédias électroniques, pour me frayer un chemin jusque de l'autre côté de la scène côté jardin. Je suis subjugué de voir l'équipe à l'oeuvre derrière la scène. Des dizaines de techniciens ont le visage illuminé par les nombreux écrans cathodiques que leurs yeux sont en train de balayer. Dans la salle, le gala est sur le point de se terminer, les derniers prix étant en train d'être décernés.
Je suis avec les clowns (agissant en tant que maîtres de cérémonie), Truc, Pierre-Yves, Sadio et Estelle. Pendant que nous sommes tous là à attendre que le gala prenne fin, Elena, la contortionniste aux cerceaux, fait ses étirements. Avec la plus grande facilité du monde, elle passe sa jambe derrière son épaule de sorte que son pied est tout juste à côté de sa tête. Elle semble très relaxe, malgré qu'elle demeure silencieuse, réagissant plutôt de manière non-verbale. Elle trempe ses pieds dans la craie qu'elle applique ensuite sur son corps, afin d'éviter les glissements dangereux. Puis, elle s'avance proche de l'escalier, et tout est enfin prêt pour le spectacle.
La présentatrice du gala introduit enfin le Cirque. Puis, Jonathan, un gars très sympathique qui a déjà suivi des cours de percussions avec nous, et qui maintenant est clown pour le Cirque, est le premier à s'avancer sur scène, suivi des trois autres. Chacun étant muni de cerceaux, ils laissent la place à Elena. Et lorsque je la vois s'exécuter sous mes yeux, en la regardant sur l'écran géant (étant malheureusement derrière la scène, je n'ai pas d'accès visuel sur elle directement), je suis carrément estomaqué par sa performance.
Bien entendu, j'étais totalement subjugué par la prouesse technique de son numéro. Mais au delà de ça, j'étais en train de constater à quel point le Cirque est l'art du théâtre avec un grand T. Quel dédoublement de soi!! Sa prestance, l'intensité de son regard, combiné à sa grande agilité, à son maquillage, à son costume, bref tout, absolument tout la rendait plus grande que nature. Elle irradiait tel un soleil. Elle était carrément une autre personne. L'énergie féminine à son paroxysme. C'était d'une infinie beauté et d'une sensualité à fleur de peau. À ce moment, et à cette seconde précise, la réalité m'a rattrapé. J'étais partie prenante du Cirque, je faisais partie de ce vaisseau spatial qui nous amenait ailleurs, dans un autre univers, dans une autre dimension.
Sans que je ne m'en rende compte, je me pinçais littéralement, ayant peine à y croire. Et, aussi subtilement qu'elle est entrée sur scène, elle sort par notre escalier, et mon regard la croise pour ensuite revenir sur l'écran. Oui, c'est bel et bien elle que j'ai vue. Elle était redevenue elle-même, la magie ayant opéré. Elle avait fait son job à la perfection, sa journée de travail était maintenant terminée. Pendant que je reprends mes esprits tranquillement, les clown installent la plate-forme et un des deux Polonais passe devant moi pour s'installer en haut des escaliers. Il est recouvert d'une poudre en or, et il est uniquement vêtu d'un slip. Dans l'ombre de la lumière, il est découpé au couteau. Et pourtant, quand je l'ai croisé ce matin en déjeunant, j'aurais probablement dit de lui qu'il s'entraînait intensément, sans plus. C'est pour dire comment est incroyable la magie du maquillage et du costume!
Il va rejoindre son comparse, et tous deux en mettent encore une fois plein la vue. Leur performance est colossale et, en tout point aux antipodes de la précédente. Cette fois-ci, c'est l'énergie masculine à l'état brut. La virilité, les muscles, le regard de feu. Tout ça encastré dans une prouesse d'endurance physique qui parfois est à peine tolérable à regarder. Des figures où la gravité n'existe plus, où la machine humaine est poussée à ses extrêmes limites. Le tout enveloppé avec une musique extraordinaire et un éclairage qui met en valeur le costume doré des deux acrobates. Encore une fois, c'est extrêmement puissant comme effet, et je cesse volontairement de regarder, car je dois replonger dans ma bulle, puisqu'après eux, nous embarquons sur scène!
La danse du feu
Malgré que la foule eût terminé d'applaudir à tout rompre la performance hallucinante des deux hommes forts, j'étais revenu dans ma bulle, concentré, mon instrument à la main, derrière mes amis. Personne ne disait mot, pendant que sur scène on se débarrassait de la plate-forme. L'éclairage s'éteint alors, puis vire au rouge. C'est alors que j'entends les premières notes de notre pièce. Un à un, nous montons les marches, puis nous secouons les shakers que nous avons sous la main.
En croisant mes amis sur scène, j'ai peine à les reconnaître. Tout est transformé. Nous sommes devenus les membres d'une tribu prête à accueillir son chef qui va effectuer sa danse du feu. Nous sommes les seigneurs du Feu. Notre regard est enflammé, notre visage est assoiffé de colère et de tribalité. Je suis connecté à mes instincts les plus primaires, comme si j'étais embarqué dans une machine à voyager dans le temps. Jamais je n'ai vécu une sensation aussi puissante et aussi forte. L'illusion est parfaite. J'oublie totalement la scène, les gens qui regardent. J'ai conscience de moi-même et de mes amis, point à la ligne.
Nous formons alors un immense cercle avec nos shakers qui transporte la salle dans un lieu où jadis, au début des temps, l'homme peinait à survivre. D'un coup sec, nous nous retournons vers la foule, et dans le désordre le plus complet, nous retournons derrière nos instruments, et c'est alors que Timéo avance sur la scène, avec ses immenses torches de feu enflammées. Encore une fois, le dédoublement est incroyable. Le gars sympathique à l'allure très relaxe est ici gigantesque, les flammes dansant dans ses yeux, le jaune vif reluisant sur son visage, faisant ressortir ses traits les plus barbares. Puis, il se met à faire tournoyer ses torches à la vitesse de l'éclair, les faisant tenir en équilibre sur la plante de ses pieds flambant nus.
Puis, en entendant le moment clé de la piste sonore, nous, les dix percussionnistes, nous nous levons d'un trait. À ce moment, je n'ai plus aucune crainte. Je ne réfléchis plus. Je sens la pièce musicale comme si je l'avais composée moi-même. C'est tout aussi incroyable comme sensation. Mes mains savent exactement quand faire osciller le maillet du dun. Je suis tellement concentré et dans ma bulle que je remarque à peine les quelques petits pépins techniques de sons, où les moniteurs font défaut (chose que j'apprendrai uniquement après le spectacle). Pour l'instant, c'est l'effet visuel qui compte, et le feu rituélique s'amuse à danser avec les notes tonitruantes des tambours.
Rideau
Le crescendo des notes de percussions se mêlent à la fureur des flammes qui dansent autour de Timéo. Puis, les dernières notes fusent, et tous nous levons les bras au ciel, en même temps que les projecteurs s'éteignent. Et nous redevenons nous mêmes aussitôt, et je suis sonné d'avoir vécu un moment aussi intense. Mais, notre présence sur scène n'est pas terminée. Nous sommes les premiers à courir en cercle autour de l'immense scène sous les applaudissements à tout casser de la foule. Puis, nous plaçant de chaque côté, nous jouons de nouveau, sourire aux lèvres cette fois, et la chanteuse du Cirque s'avance pour chanter de sa voix puissante. Elena exécute un pas de danse après que les clowns eut ouvert le bal, puis les deux hommes forts retournent sur scène et un véritable coup de tonnerre vient de la foule. Finalement, Timéo retourne au devant de tout ce beau monde, puis nous nous avançons prestement.
Lorsque la chanteuse fait le signal pour le salut collectif, une puissante émotion m'envahit. Le simple geste de saluer la foule, et ce, entouré de talents aussi uniques est un sentiment que je ne suis pas prêt de revivre. Faire partie, ne serait que quelques minutes, d'une aventure avec le Cirque est incroyable et jamais je n'aurais pensé que cela puisse m'arriver un jour. En reparcourant le long couloir qui nous ramène à notre loge, je sens l'adrénaline se dissiper tranquillement. Je me sens redevenir moi-même, étudiant, apprenti percussionniste. Et lorsque je me débarbouille le visage et que j'ôte mon costume, le rêve prend fin.
Par contre, lorsque je sors à l'extérieur, le Maître Soleil est radieux, signe que ma performance de ce matin-là a été très probablement à la hauteur de son Cirque.