Cette semaine, je vous offre comme rythme le djansa, qui est un rythme joué dans des circonstances joyeuses où il illustre la rivalité (saine je dois dire) entre les jeunes hommes. Il provient de la zone méridionale du Mali, de l’ethnie Kassoule. Aujourd’hui, le rythme est joué dans toute l’Afrique de l’Ouest. J’ai ajouté dans la partition le solo original tel qu’enseigné par Mamady Keita.
En naviguant sur le web cette semaine, je suis tombé sur une manchette très intéressante qui confirme un peu ce que j’ai toujours cru. Écouter de la musique que l’on aime, que ce soit notre pièce préférée ou notre artiste favori, aurait un effet bénéfique non négligeable sur notre corps, soit celui de dilater les vaisseaux sanguins. Alors imaginez quand votre musique préférée est la percussion africaine, et que vous en jouez chaque semaine en groupe…
Selon l’étude américaine, les vaisseaux sanguins se dilatent jusqu’à 26% en moyenne sous l’effet de la musique qui est jugée favorablement par l’auditeur. C’est donc un puissant médicament, gratuit en plus, et sans aucun effet secondaire, hormis peut-être le fait d’avoir de belles décorations aux mains après avoir joué…
Comme quoi le djembé se connecte de façon entière avec le cœur…Et ce n’est pas juste une figure de style…
S’il y a un élément spectaculaire au djembé, c’est la capacité du percussionniste à se lancer dans des salves sonores où ses mains se fondent avec son instrument. Où l’oreille perçoit une vibration qui s’apparente à celui du son de la mitraillette. Et où on ne peut plus distinguer les mouvements des bras. La vitesse est ainsi une importante et spectaculaire caractéristique du jeu du djembéiste, permettant d’inculquer au rythme puissance, beauté, originalité et prestance…Voici donc quelques trucs de base qui vous permettront de pouvoir maîtriser cet aspect si important dans votre apprentissage du jeu des percussions.
Avant de vous expliquer plus en détail les dessous de la vitesse au djembé, je vous invite à aller visionner ce spectaculaire vidéo du djembéfola Boka Camara, qui démontre jusqu’à quel point la vitesse peu être incroyablement grande au djembé.
Vitesse rime avec souplesse
Avant toute tentative de jouer rapidement au djembé, rappelez-vous toujours ce concept: pour jouer vite, il faut assouplir les muscles. De façon innée, on a toujours tendance à vouloir raidir, à crisper les muscles au fur et à mesure que la vitesse augmente. Cette vilaine manie est vraiment à éviter, aussi portez attention à la moindre raideur musculaire au niveau des épaules et des bras. Si vous sentez une tension et/ou une douleur, arrêtez-vous, prenez le temps de vous dégourdir et recommencez cette fois en insistant sur le relâchement musculaire. Plus vous êtes souple, plus vous gagnerez en vitesse.
L’importance de la respiration
La deuxième manie au djembé lorsqu’on veut jouer rapidement est d’inspirer profondément, et d’arrêter d’expirer. Ce défaut est très néfaste pour vos muscles car l’expiration permet de vidanger l’excès de gaz carbonique (qui se retrouve en concentration plus importante dans le sang à cause d’un effort intense) produit par vos cellules musculaires. Tentez au contraire de forcer votre expiration. Vidangez bien vos poumons après chaque inspiration, l’oxygénation des cellules en sera ainsi optimisé, garantissant une protection contre d’éventuelles crampes musculaires et à la limite, une hyperventilation.
L’inertie et la vitesse vont de pair
En musique, spécialement en percussion, le concept d’inertie est très important. Le phénomène d’inertie se définit comme étant la capacité d’un corps en mouvement de toujours garder une vitesse constante. Cette vitesse est modifiée lorsqu’on y applique une force. En percussion, le rebond de la main sur la peau du djembé est possible strictement grâce au contact de la main sur la peau de chèvre, sans induire de force active. C’est la tension de la peau qui permet à la main de rebondir sous l’action d’une force transmise de la peau à la main. Pour vous en convaincre, faites une basse sur votre djembé en gardant votre main détendue, et regardez bien comment elle va rebondir, sans avoir besoin de dépenser de l’énergie active pour y parvenir. Servez-vous de cette propriété pour gagner en vitesse. C’est un peu plus difficile à maîtriser au départ, car il faut apprendre à doser la force appliquée. Mais, l’inertie est un concept très important à comprendre pour acquérir de la vitesse.
Gardez vos membres près du corps
Logiquement, plus vous éloignez vos mains du djembé, plus vous devrez dépenser de l’énergie afin de pouvoir effectuer le mouvement nécessaire pour générer le son. Ce gaspillage d’énergie peut être résolu en gardant les bras le plus près possible de votre tronc, sans toutefois que vos coudes ne touchent les côtes. Plus les frappes seront rapprochées, plus les avant-bras resteront proches de l’instrument, afin que les mains puissent produire les sons.
Pratiquer, c’est la clé!
Rester souple, savoir bien respirer, mettre à profit l’inertie et maximiser la position du corps sont les principaux ingrédients pour gagner en vitesse. Mais, il y a un élément qui est la base de tout, et c’est pour cela que je le mentionne en dernier lieu dans cet article: il faut jouer, jouer, et rejouer pour gagner en vitesse. Dans le domaine «manuel», le cerveau humain base son apprentissage sur le fait de reproduire incessamment le même mouvement. C’est en pratiquant des rythmes et des suites logiques de sons que vous arriverez à jouer de plus en plus vite, et ce, en minimisant de plus en plus la dépense d’énergie.
En conclusion, il n’y a pas de secret magique pour jouer vite, et il est farfelu de croire que du jour au lendemain, vous allez pouvoir jouer rapidement. Il faut de la patience et du temps pour y arriver. Mais, cinq à quinze petites minutes par jour consacrées à la vitesse lors de vos pratiques seront très bien investies pour votre développement musical en tant que djembéiste.
Le Makru est un rythme magnifique de l’ethnie Susu qui est jumelé avec le Yankadi. Il contraste avec ce dernier par le fait qu’il est joué à une cadence très rapide et qu’il est binaire. De la même façon que le Yankadi, le rythme est joué lors des rites de séductions dans les villages.
Lundi soir, passé 21h, je suis en train de jouer le rythme Tiriba avec mes compagnons, sous l’égide de la belle Mélissa Lavergne qui veille à ce que tout soit harmonieux à l’oreille. Or, elle a tôt fait de tout faire arrêter, puisque le mot harmonie semble avoir été oublié dans l’inconscient de tout le monde…Il y a une cacophonie indescriptible qui règne dans le local, le groupe étant totalement déconnecté. Cette petite anecdote m’amène donc à vous parler aujourd’hui de l’importance de savoir jouer de la percussion en groupe.
Avant d’aller plus loin, je vous invite à aller relire l’article que j’ai écrit parlant de l’apprentissage des rythmes. En fait, l’art de jouer en groupe est intimement lié aux trois étapes d’apprentissage, soit l’exposition, la consolidation et l’intégration au rythme. Plus particulièrement, c’est lors de l’exposition et de l’intégration du rythme que le risque de ne pas jouer en groupe est le plus élevé.
Deux dimensions entrent en ligne de compte dans l’art de jouer en groupe: il faut savoir s’écouter soi-même et savoir écouter les autres. Prenons le temps de décortiquer les deux aspects.
Savoir s’écouter
L’harmonie rythmique réside dans la capacité de tous les percussionnistes à exécuter leur accompagnement en sachant s’écouter. La première étape consiste donc à percevoir le son qui émane de son propre instrument pour faire en sorte qu’il soit le plus juste possible. Par justesse, je fais référence ici à la qualité des frappes et au respect du phrasé du rythme. Si les frappes ne sont pas exécutées au bon moment, le rythme perd son identité.
L’autre élément relié à cet aspect est le volume avec lequel il faut jouer. Dans un arrangement rythmique, les accompagnements servent à soutenir celui qui fera les solos, d’où le mot «accompagnement». Chaque partie du rythme doit donc être jouée avec un volume raisonnable, sans jamais aller chercher le maximum de volume avec son instrument. L’avantage de ce conseil est de pouvoir jouer longtemps sans se fatiguer, puisque plus un rythme est joué longtemps, plus la vitesse augmente, ce qui représente un beau défi pour le percussionniste (l’aspect de la vitesse sera d’ailleurs traité dans un prochain article).
Savoir écouter les autres
Bien jouer de son instrument sans chercher à battre des records en volume est une chose, mais il faut aussi savoir écouter les autres. Jouer chacun pour soi est une tendance qui s’accroît lorsque le rythme est nouveau. Le cerveau a alors tendance a prendre le dessus et à confiner le joueur dans une espèce de bulle où l’oreille ne porte attention qu’à ce qui sort de l’instrument du joueur, et non des autres. Cette propension est normale dans un processus d’apprentissage individuel, mais la percussion étant avant tout un art collectif, il faut vite s’ouvrir à l’environnement sonore extérieur. Voici donc quelques trucs qui vous permettront de pouvoir éviter d’emblée à être pris dans ce piège:
La posture: Rester droit et éviter de courber le dos. Plus vous serez détendu, plus votre oreille aura tendance à percevoir un son global et non focuser sur ce que vous êtes en train de faire en oubliant l’extérieur.
Les doum-doum: La base du rythme étant les doum-doum, l’oreille devrait tout de suite avoir le réflexe de porter attention à cet instrument. Vous saurez ainsi beaucoup plus à même de respecter la bonne pulsion.
Les pas: Jouer sans bouger est vraiment à éviter, même lorsque vous êtes en train d’apprendre un nouveau rythme! Si tout le groupe bouge selon le même pattern et dans la bonne direction, alors le rythme ira “s’appuyer” selon ces bases, forçant ainsi l’oreille à prendre conscience de ce qui se passe.
Un rythme intégré est mieux qu’exposé: Cet aspect est le plus important. Jouer en garantissant votre confort! Dans des situations où le rythme doit être joué pendant un long laps de temps, optez toujours pour l’accompagnement avec lequel vous êtes le plus à l’aise. Rien ne sert de se donner un défi insurmontable! Ainsi, si l’accompagnement est intégré pour vous, si vous n’avez plus besoin de fournir d’effort mental pour l’exécuter, il vous sera beaucoup plus facile de pouvoir le jouer en écoutant ce qui se passe autour.
Et si jamais je me perds?
En processus d’apprentissage, il est normal de faire des erreurs, cela fait partie du jeu. Et lorsqu’on joue en groupe, cela peut avoir un impact significatif si on ne respecte pas certaines règles. Que faire donc si on se trompe? Doit-on arrêter complètement de jouer? Ou au contraire essayer de continuer et espérer ainsi rattraper notre erreur? Et bien, la réponse est simple: il vaut mieux, dans le cas où vous êtes incertains si vous respectez la pulsion et/ou si vous faites le bon accompagnement, d’arrêter de jouer. Cela peut paraître drastique et contradictoire, mais il vaut mieux prendre quelques secondes pour prendre conscience où le groupe est rendu dans le rythme. Voici les éléments à surveiller lorsque vous arrêtez, et les étapes à effectuer pour reprendre votre place au sein du groupe.
Réflexe #1: Écouter les doum-doum. C’est la première chose afin de repérer le tempo du rythme.
Réflexe #2: Les pas. Accordez ensuite vos pas avec la pulsion dictée par les doum-doum. Regardez aussi vos comparses, leurs pas vous donneront l’heure juste.
Réflexe #3: Le premier temps. Ce réflexe est plus difficile puisqu’il demande concentration et une réaction rapide. Essayer de discerner où le premier temps du rythme se situe. Et à partir de ce moment, faites des basses qui s’accordent avec vos pas.
Réflexe #4: Reprendre le rythme. L’étape finale de récupération est de rejouer le rythme à la bonne vitesse. Le 3e réflexe vous ayant aidé à retrouver cette vitesse, il ne vous reste plus qu’à repérer visuellement dans le groupe un de vos collègues qui jouent le même accompagnement que vous et de visuellement vous synchroniser. Dans le cas contraire, fiez vous aux doum-doum et aux autres accompagnements.
En résumé, il est impératif pour tout percussionniste de trouver sa zone de confort, et de respecter ses limites. L’art de jouer en groupe requiert beaucoup de pratique, une bonne dose d’humilité et un dosage de ses énergies. Par contre, c’est un des meilleurs exercices qui soit pour se garder en forme et avoir du plaisir en groupe!