mardi 4 décembre 2007

Les dessous de « L'heure de gloire »

Le vidéo de notre performance se trouve à la fin de ce post.

L'univers de la télévision demeure pour moi quelque chose d'unique en son genre. Et c'est un des aspects de ma passion des percussions que j'adore particulièrement. Pouvoir embarquer et faire partie de cet univers, ne serait-ce que pour quelques minutes, est toujours très spécial. Et j'ai eu la chance de vivre une autre expérience télévisuelle unique vendredi soir dernier, sur le plateau de l'émission L'heure de gloire animée par René Simard. Voici donc le compte-rendu des dessous d'une très, très grosse machine télévisuelle.

Pratique très tardive

Avant d'exposer plus en détails cette journée sur les plateaux de studio, il faut que je vous parle de la veille, dans les locaux de Samajam, où nous devions pratiquer la pièce musicale, qui était (roulement de tambours)...... Dégénération de Mes Aïeux ! Il fallait bien la faire un jour où l'autre ! Le concept du numéro était simple. Jouer la pièce aux dunduns, djembés, shakers et cajòn, avec la gang du Club des Ex, émission de débat d'actualité sur RDI, animée par le trio d'ex-politiciens Liza Frulla, Jean-Pierre Charbonneau et Marie Grégoire, sans oublier l'animateur de l'émission, Simon Durivage.

Nous avons donc rendez-vous à 22h, par un jeudi soir glacial où le vent hivernal souffle assez fort. Nous passons la fin de soirée à décortiquer la pièce sous la direction de notre leader Pat Dugas. J'ai toujours adoré faire cet exercice qui permet tellement de mieux comprendre la création d'un morceau musical, de comprendre les points de chute et les points forts, de mesurer toute l'importance de l'interprétation juste. Le découpage de la pièce est assez facile à mémoriser, étant assez répétitive dans sa structure. Il faut seulement faire attention de ne pas accélérer comme toujours. Je suis aux dunduns, ce qui est sans contredit un poste clé dans la pièce, puisque c'est un morceau où ce genre d'instruments est prédominant.

Après deux heures et demie de pratique où je dois par moment lutter contre la fatigue, notre groupe d'une quinzaine de personnes est bien contente du résultat et nous allons aussitôt nous coucher, non sans avoir affronter les vents et la poudrerie.

Rodage

Nous sommes en route dès le lendemain après-midi en direction de l'aéroport Saint-Hubert, là où sont situés les studios Mel's, gigantesques hangars abritant le plateau de tournage de L'heure de gloire. Dès notre arrivée, nous sommes convoqués sur le plateau pour le début d'un très long rodage de notre numéro. C'est toujours saisissant de pénétrer dans un tel studio de télévision. Et celui-ci est sans aucun doute le plus moderne et le plus gros qu'il m'ait été donné d'admirer de mes propres yeux. On se croirait dans une véritable capsule spatiale, tellement il y a des gadgets. Des éclairages futuristes, un plateau circulaire surélevé amovible, des caméras haute définition dernier cri un peu partout...Et une équipe de techniciens considérable qui s'affairent à tout mettre en place pour la soirée. C'est définitivement de la grande télévision, et c'est très évident que le réseau met le paquet sur cette émission.

Aussitôt que les instruments sont rentrés, Mélanie, l'assistante du régisseur de plateau, vient à notre rencontre, et nous donne ses premières directives. Nous amenons tout notre attirail sur la grande scène circulaire, non loin des grands escaliers. Puis, toute l'équipe de sonorisateurs vient "enfiler" nos djembés, cajòn et autres instruments avec une multitudes de micros. Micro-clip, perches, micro-attaches, etc. Ensuite vient le test de chaque instrument muni de son microphone, et par la suite, Cheick Anta et Nicola se dirigent sur la passerelle où ils joueront à côté de Martin Deschamps. Nadine, la directrice musicale du house band, vient ensuite nous voir pour nous souhaiter la bienvenue et elle nous explique le déroulement de la répétition.

S'ensuit par la suite de multiples prises de la pièce, avec à chaque fois l'ajout d'un morceau au grand puzzle. Chaque élément est décortiqué, tout est passé au peigne fin. Je comprends donc, puisque l'émission étant diffusée en direct, il ne faut pas faire place à l'erreur. Il faut pour notre part, en tant que groupe, s'ajuster à ce tout nouvel environnement sonore. On commence donc à pratiquer avec le batteur, et c'est plutôt cahoteux. Normal, il manque des moniteurs, ces fameux haut-parleurs qui nous aident à entendre. Même après avoir refait le tout avec ça, c'est encore hésitant. Pat décide donc de se munir d'une cloche à vache pour mesurer le tempo. Dans cet environnement, il y a beaucoup de réverbération, ce phénomène acoustique qui fait en sorte que ce qu'on entend sur le plateau est totalement différent de ce qui sera diffusé à la télé. Il faut donc jouer en oubliant ce qu'on entend, et en se fiant au tempo de la cloche. Très particulier comme sensation.

Lentement mais sûrement, le groupe devient de plus en plus à l'aise, Pat y allant de ses directives, et à voir la présence de moins en moins fréquente de grimaces sur son visage, c'est rassurant. Pour ma part, je suis extrêmement bien placé, juste en face de lui, tout juste à côté du caméraman. J'ai intérêt à ne pas échapper mes bâtons ! Le manège se répète environ une dizaine de fois, avec cette fois le band au grand complet, avec les danseurs, avec ensuite les déplacements des caméras, le test de lumière et finalement, la prise finale avec les artistes, soit Martin Deschamps, les quatres "Ex" et René Simard. Étrange de voir ses gens en chair et en os, surtout les quatres apprentis chanteurs, qui sont peut-être à l'aise devant les caméras, mais qui sont vraiment vulnérables à endosser la peau de chanteur le temps de quatre minutes. Et c'est là un double défi pour nous, puisque s'ils décident de chanter plus vite, ce qui risque fort bien de se produire et bien, il faut composer avec ça ! Dur dur d'être musicien !

Finalement, après deux heures de rodage, le régisseur appelle une dernière prise avec toute la gomme. On fait le numéro comme dans la réalité, avec cette fois "l'aller pause", soit le rythme que nous allons jouer lorsque René parle à la caméra avant d'aller en pause publicitaire. Lorsque tout le monde est satisfait, nous montons tous à la loge pour une pause bien méritée!

Figuration de parapluie

Après une petite demi-heure de pause détente, où j'en profite pour boire un Guru, question de rester alerte, il est temps de redescendre sur le plateau pour participer de façon figurative au numéro du Parapluie, où Denis Gagné, animateur de l'émission L'épicerie, chante le classique de Daniel Bélanger avec Annie Villeneuve. Pendant que huit de mes amis sont en train de se faire donner les instructions quant à la figuration du numéro, je demeure en retrait, préférant admirer toute la mécanique de l'équipe qui est en train de travailler pour que l'émission de ce soir soit une réussite. Le directeur de plateau annonce bientôt la première répétition du numéro, où à un moment clé bien précis, mes collègues placés dans le public ouvrent leur parapluie blanc, provoquant un magnifique jeu de lumières. J'avoue que je suis passablement surpris par l'aisance et l'assurance de Denis Gagné sur scène et sa chanson est très bien choisie. Après 3 ou 4 répétitions, c'est dans la poche, et nous sommes de nouveau en pause pour aller souper.

Générale et maquillage

Un véritable festin nous attend dans la salle à manger, avec du tilapia, des côtelettes de porc, pâtes, salades, fruits frais, fromages, café, etc. Le tout en quantité industrielle, car il y a plus d'une centaine de personnes à nourrir. Comme quoi je vous disais à quel point l'équipe était grosse ! Et tout ce beau monde se mêlent et jasent entre eux comme s'ils se connaissaient depuis belle lurette. D'un côté, je vois les Kevin Parent, Martin Deschamps et Annie Villeneuve avec les danseurs, de l'autre je vois les Liza Frulla, Simon Durivage, et compagnie parler de leur performance à venir. Et nous, pendant ce temps-là, nous nous retirons dans notre salle, non pas par acte antisocial, mais bien parce que Pat a beaucoup de choses à nous dire à propos de ce qu'il a vu. Le mot le plus important à retenir en télévision, c'est celle du focus. Toujours rester branché sur le leader. Avoir un équilibre entre le trip total sur scène et le contrôle de soi. Tout est question de dosage...

Les minutes filent, bientôt 18h30, et il est maintenant temps de redescendre sur le plateau pour la générale, après nous être changés. La différence entre la répète de cet après-midi et la générale, c'est que l'on recrée l'émission de bout en bout en effectuant tous les enchaînements et tous les déplacements de matériel. Ainsi, l'assistante du régisseur de plateau, chronomètre en main, donne le temps restant à chaque pause aux techniciens de son, ces derniers ayant 30 secondes pour brancher 4 micros dans les cajòns, installer deux micros perches, et installer deux moniteurs. Un véritable tour de force et je ne comprends toujours pas comment ils arrivent à ne pas se tromper tellement il y a de fils.

Sitôt notre portion de générale effectuée, nous attendons que le numéro des parapluies se termine. Annie Villeneuve chante avec un bigoudi dans le toupet, sa coiffure n'étant pas encore entièrement terminée, ce qui donne une étrange vision. Puis, nous retournons à notre salle afin de commencer le processus du maquillage. Car oui, il faut atténuer les zones luisantes de la peau afin de mettre en valeur l'éclairage scénique. Les filles vont se mettre belle en premier, et le qualificatif "belle" est un euphémisme lorsqu'elles reviennent de la salle de maquillage...Wow !! Impressionnant...À part l'extrême blancheur du visage...Mais bon...C'est ensuite à mon tour d'aller me faire beurrer la face. En attendant mon tour, je discute dans le couloir avec une sympathique fille et un gars plutôt grand à la barbe naissante. Ce n'est que plus tard que je vais savoir qu'il s'agissait du duoTricot Machine qui performe ce soir-là. En entrant dans la petite salle aux multiples miroirs, j'ai à peine le temps d'apercevoir Annie Villeneuve qui se fait encore retoucher. On dira ce qu'on voudra, elle a un visage splendide cette femme. C'est un autre aspect de mon job de percussionniste qui me plaît pas mal...Mais je m'éloigne du sujet...

En coulisses

Passé 20h, il faut aller se placer en coulisses avec nos instruments ! En descendant le long escalier surplombant l'immense plateau, je constate qu'il y a beaucoup plus de public que je ne l'aurais pensé au départ. L'animateur de foule Luc Cauchon est en train de réchauffer le public. Nous passons en douce le long du décor pour aller retrouver nos instruments en arrière-scène. Incroyable la technique déployée ici. Des consoles de sons futuristes digitales, un réservoir de glace sèche énorme, des projecteurs, une quantité astronomique de fils électriques et des micros numérotés et identifiés pour chaque artiste.

Chaque invité de l'émission vient se placer au pied de l'escalier menant à l'entrée de la scène, derrière deux gigantesques panneaux. La fébrilité monte d'un cran alors qu'il ne reste que quelques minutes avant le début de l'émission. René passe en coup de vent et nous souhaite à tous de bien nous amuser. Puis, le régisseur donne le signal "Dans 5...", le band commence à jouer, les caméras s'allument puis, nous entrons en ondes! C'est parti!

En direct

Dès ce moment, alors que je sursaute en entendant les feux d'artifices éclater dans la salle (je ne m'attendais pas vraiment à ça...), je sens l'adrénaline qui commence à serpenter dans mes veines. J'entends, tout juste de l'autre côté des panneaux de décor en contreplaqué, le public, mené de main de maître par l'animateur de foule, applaudir au moindre fait et geste de René. Ce dernier présente un à un les invités, puis, alors que nous sommes tous cordés derrière le décor avec nos instruments, un vidéo de chaque artiste pratiquant leur chanson avec leur mentor est diffusé.

Je n'ai à peine conscience de ce qui se passe durant les 30 prochaines secondes. C'est une course folle qui s'ensuit. Nous avons 30 secondes pour amener les instruments sur scène, faire attention de ne pas mêler les fils des micros, et se placer selon nos emplacements de la répète. Je suis le premier à monter sur scène avec mon dundun, et je suis témoin de toute la virtuosité des techniciens qui en trente secondes, sous le décompte implacable du régisseur de plateau, branchent et placent tous les micros et les moniteurs, puis disparaissent comme par enchantement. De la vraie magie.

J'ai à peine le temps d'y penser que mes amis viennent me retrouver sur le plateau, tout juste à temps pour le début de la présentation avec les invités. René Simard introduit la chanson, explique qui sont les participants, et enfin, le véritable moment de vérité est arrivé. Le batteur du house band donne le tempo, et puis la machine est en marche. Et, ce qui nous a été dit en début de répète se réalise. Simon Durivage commence à chanter beaucoup trop tôt, et nous sommes complètement offbeat. Mais, il est tellement dedans sa chanson, et en plus c'est du direct, que nous ne pouvons pas faire marche arrière. Pat nous fait signe aussitôt de changer de ligne musicale, et comme par enchantement, tout revient dans l'ordre.

Le reste de la pièce passe en coup de vent, comme à l'habitude. Je reste connecté sur le battement de cloche de Pat qui, muni de ses écouteurs, entend le métronome qui permet de rester pile dans le bon tempo. C'est cacophonique à souhait sur scène avec les instruments, le délai dans le moniteur, la foule qui crit, les chanteurs qui sont vraiment dedans. Puis, la pièce se termine, et c'est le délire dans le public. Nous avons encore une fois bien livré la marchandise.

En revenant à la maison ce soir, encore un peu étourdi par cette folle journée, j'allume le téléviseur pour admirer notre travail. Et je suis soufflé par le résultat. Ça sonne comme une tonne de brique, et tout le monde de notre gang est resplandissant. La magie de la télévision a encore une fois fait son oeuvre. Et c'est une autre super belle expérience que je mets dans mon baluchon.

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